mardi, 17 janvier 2006

L'information gratuite a-t-elle un avenir ?

La plupart des ouvrages d’histoire des médias date le début de la presse moderne avec Emile de Girardin et Moïse Millaud. Je ne m'inscrirais sûrement pas dans ce genre de débat d'idées qui cherchent à savoir qui de la poule ou de l'oeuf  a marché dans son étron le premier. Si l’un - Emile - était publiciste et homme politique et l’autre - Moîse - un grand industriel, les deux hommes partageaient dans tous les cas une même vision du métier et ont bousculé en ce début de 19ème siècle positivement le paysage des journaux traditionnels. Pour eux, point de démocratisation de l'information sans une diminution du coût du journal. Leur réponse ? Une large place à la publicité - à hauteur de 40 à 50 % - et des coûts salariaux qui diminuent comme une peau de chagrin. 

Portant l'héritage de ces deux hommes visionnaires en poussant à la limite ce modèle économique, les gratuits Metro et 20 Minutes ont cependant été conspué lors de leur lancement en 2002. Pourquoi un tel déchaînement contre quelque chose qui n'est en définitive qu'un bon produit marketing ? Une information gratuite ne peut-elle pas être assujettie à un vrai projet éditorial ? Par expérience, je pense que non car l'information a un coût de production. La décortiquer, la mettre au contact d'autres informations, la peser et la crédibiliser ne peut se faire sans une équipe, un vivier de compétences si vous préférez qui se construit sur la durée. Autre manière de voir les choses : le prix d’achat d’un journal - peut-être symbolique finalement - correspond presque moins à une recherche de rentabilité qu’au besoin de légitimer le travail journalistique.

Deux réflexions me viennent à l'esprit en cherchant à comprendre pourquoi le premier modèle a été accueilli en 1836 positivement poussant certains à parler de "genèse de notre culture médiatique" alors que l'arrivée des gratuits en 2002 a suscité les foudres de tout le syndicat de la presse.
- La première tient au caractère éminement subjectif de l'information...et par conséquent de son traitement par les médias. Son analyse implique des moyens financiers. Faute de quoi, nous nous dirigerons vers une information faite de parti pris de plus en plus racoleurs.
- La presse écrite - car il s'agit de cela - n'est définitivement plus le média de l'information décortiquée, pesée, crédibilisée...

Les commentaires sont fermés.